Les sculptures pour le corps de Jean Vendôme – Go-Buzz

Les sculptures pour le corps de Jean Vendôme

C’est le maestro de la joaillerie d’art contemporaine. Jean Vendome (1930-2017) sublimait les pierres fines et précieuses dans un élan à la fois baroque et abstrait, considérant le bijou comme une sculpture portable – et non comme un simple accessoire. Une rétrospective de son œuvre présentée à l’Ecole des Arts joailliers à Paris permet de (re) découvrir les plus belles parures de cet artiste multirécompensé, qui marqua profondément l’art joaillier des années 1960 et 70, et collabora avec Cocteau, Vasarely, Arman, César ou Dalí.

Sa recherche constante du renouvellement des formes graphiques (comme en témoigne la bague Cinquième Avenue de 1966, inspirée des gratte-ciel new-yorkais, sa sculpturale bague Boule pouvant se porter de six façons différentes ou encore la bague Ferret articulée qui grimpe sur la main), son travail sur la lumière des pierres, sa manière de jouer des contrastes entre le précieux et le brut donnent à ses compositions surréalistes, même cinquante ans plus tard, une modernité inégalée.

Bague Cathédrale et bague Vème Avenue. Collections privées

Bague Cathédrale et bague Vème Avenue. Collections privées

Il est déroutant de voir, en parcourant les vitrines de l’exposition mise en scène par la commissaire Sophie Lefèvre, à quel point Jean Vendôme a été visionnaire : « Il questionne et perturbe nos perceptions visuelles, à savoir comment on porte un bijou. Pour lui, la valeur artistique de l’objet était plus importante que les pierres précieuses ou l’or » remarque Sophie Lefèvre.

Des vides et des pleins, de la dissymétrie et des rondeurs… Inspiré à l’époque par le brutalisme d’un le Corbusier ou l’Arte Povera, Jean Vendôme créé de véritables sculptures pour le corps. « La bague Vème Avenue de 1966 compte 42 fils carrés qui supportent 42 diamants tous de tailles différentes sertis à 42 hauteurs différentes. C’est une bague hallucinante » ajoute Sophie Lefèvre.

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Collier Le Dormeur, 1991, argent, pinces de tourteau, grenats. Collection privée

Collier Le Dormeur, 1991, argent, pinces de tourteau, grenats. Collection privée

Né en 1930, l’homme a débuté son apprentissage à 13 ans. Surdoué, il ouvre sa première boutique-atelier à 18 ans. En 1950, il crée sa première collection de joaillerie qui va ouvrir plus de soixante années d’effervescence créatrice, riche de presque 30 000 pièces uniques. Ici, on y découvre une centaine de bijoux parmi les plus emblématiques, témoins de sa passion pour les pierres, mais aussi pour la nature et les minéraux. On y découvre ainsi l’incroyable épée d’Académitien de Roger Caillois qui s’affranchit de tous les codes, mais aussi de colliers, bagues, bracelets où tel un sculpteur, Jean Vendôme utilise l’éclat, les dissonances imprévues de couleurs et les matériaux inattendus comme les staurotides, les moldavites, les pinces de crabe ou même l’os de dinosaure fossilisé, comme ces boutons de manchettes qu’offrit Bernadette à Jacques Chirac…

Bague Ferret, 1984, or jaune et tourmalines. Collection privée.

Bague Ferret, 1984, or jaune et tourmalines. Collection privée.

Car la signature de cet artiste n’est pas d’étourdir avec des pierres précieuses de trop grandes valeurs. L’expo nous entraîne dans un monde onirique, éclatant d’agates, de quartz rutilé et autres pierres fines aux noms méconnus et couleurs psychédéliques comme le rose bonbon de la cobaltocalcite ou le vert de la dioptase (collier Méditerranée, 1992). Au gré de ces « couleurs vagabondes », on trouve aussi des pinces de tourteau tenant délicatement perles, lapis-lazuli et saphirs, ou encore dans la singularité du collier Clin d’Oeil, Jean Vendôme insère, dans une monture en or baroque, une émeraude trapiche, curiosité géologique étrange et magnifiée.

Art, mouvement, technique, pierres précieuses, minéraux et art. Un cocktail éclatant qui présente aussi toute la position ambivalente de Jean Vendôme : « pour les artistes il était un joaillier, pour les joailliers, il était un artiste ».

« Jean Vendome, artiste joaillier », jusqu’au 18 décembre à l’Ecole des Arts joailliers, Paris-1er. Entrée sur réservation uniquement. www.lecolevancleefarpels.com

Jean Vendôme dans les années 80.

Jean Vendôme dans les années 80.




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