On a vu le documentaire sur Paris Hilton et ce n’est pas du tout ce que vous croyez – Go-Buzz

On a vu le documentaire sur Paris Hilton et ce n’est pas du tout ce que vous croyez


Tout fout le camp. Même Barbie a des traumas. Le titre du documentaire de la journaliste Alexandra Dean « This is Paris », dédié à Paris Hilton et qui sort sur Youtube ce lundi, laissait présager une joyeuse ode à cette icône des années 2000 – bonne fée de Kim Kardashian, inventrice du selfie et première influenceuse de notre siècle. On s’attendait à un storytelling léché, fait de belles images d’archives et de douces déclarations de proches admiratifs, que l’on retrouve dans les documentaires de la modeuse Chiara Ferragni et de la chanteuse Taylor Swift. Et bien pas du tout. C’est bien mieux que ça. A tel point que, c’est la grosse déprime.

« This is Paris », est, certes, l’histoire d’une femme bien née qui a réussi à amasser des centaines de millions de dollars. Mais c’est aussi celle d’un secret, celui d’un stress post-traumatique vieux de vingt ans. Une nuit, quand elle a 15 ans, Paris Hilton est emmenée de force dans un camp pour « adolescents difficiles ». Avec d’autres anciennes élèves, elle dénonce aujourd’hui des sévices sexuels, psychologiques ou physiques.

Depuis cette expérience, Paris Hilton ne sait plus qui elle est, enchaîne les relations amoureuses abusives, ne dort plus la nuit et se perd dans le travail pour survivre. Elle dit : « J’aimerais pouvoir amener une caméra dans mes rêves, pour vous montrer mon cauchemar ». C’est ce que fait ce documentaire, première télé-réalité d’un inconscient. Une immersion de sept mois, sans pathos ni drama.

Loana avec un pedigree

De ce qu’elle avait bien voulu montrer jusque-là, Paris Hilton est l’incarnation humaine de la poupée Barbie. Démarche à la Jessica Rabbit et voix de cartoon pas avare de punchlines (bien avant le « Allo ? » de Nabilla, il y a eu le « That’s hot ! » de Paris). C’est aussi le personnage interprété par Reese Witherspoon dans « La revanche d’une blonde » (2 001). C’est une blonde – avant d’être une femme – profondément débile, superficielle, égocentrique, ignorant tout du monde qui l’entoure.

Dans sa téléréalité « The Simple life », Paris Hilton est cette adulte richissime qui ne sait pas passer l’aspirateur, ignore ce qu’est un hypermarché (elle demande si on achète des champs à Auchan), fait construire un mini-palais à sa dizaine de chihuahuas et veut repeindre la Maison blanche en rose. Kim Kardashian, Nabilla et toutes les autres, ont depuis recyclé ce personnage qui, tristement, fonctionne très bien.

Paris Hilton, c’est donc cette écervelée qui baigne dans la thune et qu’il est respectable de mépriser. C’est Loana avec un pedigree. Sauf que. Rien n’est vrai, apprend-on. Paris Hilton joue un personnage qu’elle a créé en se basant sur ce que la société attend des blondes. C’est une femme d’affaires brillante, qui a tenu à créer sa propre fortune, mais qui a cru que le seul moyen d’y parvenir c’était de devenir la caricature des insultes les plus sexistes qu’elle pouvait recevoir.

Cela dit, comment lui en vouloir de tirer les ficelles du patriarcat à son avantage (financier du moins) ? Elle a le physique qu’il faut pour gagner sa vie avec son apparence. Elle a même été dressée pour ça. Et c’est peut-être là son premier fardeau.

Dans les vidéos familiales d’enfance, sa beauté de poupée versaillaise crève les yeux de tout son entourage qui lui répète jusqu’à la nausée combien elle est sublime. Gênée, la petite fille, qui tient un lapin alors dans sa main, répond : « Non, c’est pas moi qui suis belle, c’est lui » ! Alexandra Dean amène très finement cette idée de l’extrême beauté comme une croix à porter. Elle détaille à « l’Obs » : « La beauté donne un pouvoir très particulier aux enfants qui en sont dotés. Un pouvoir qu’ils n’ont pas demandé et dont ils ne savent pas quoi faire. Paris a été quelque part brisée par ce regard d’adulte, qui porte aussi en lui une grande animosité ».

Entre Jessica Rabbit et Homer Simpson

On pouvait se douter que le rôle de Barbie était surjoué, mais on était loin d’imaginer qu’il était de composition. Paris Hilton marche, parle et respire différemment quand les paparazzis tournent les talons. C’est une autre personne et c’est presque effrayant. Sa voix haut perchée la quitte et loin de se dandiner, elle se déplace en sautant les marches quatre à quatre comme un gamin.

Sa cadette, qui n’est jamais tendre avec elle dans le film, dit : « Au fond, Paris, c’est un garçon », « Elle joue ce personnage ultra-glamour, alors que (…) c’est Homer Simpson ». Bilan, entre Jessica Rabbit et le beauf le plus célèbre de l’Amérique : Paris Hilton ne sait plus elle-même qui elle est. Elle essaie donc, en révélant son trauma d’enfance, de se retrouver. On est tenté de se demander pourquoi elle ne fait pas ça dans l’intimité d’un cabinet de thérapeute, plutôt que devant des caméras.

Mais, nous apprend la réalisatrice, les thérapeutes présents dans le camp pour ado qu’elle a connu lui valent une phobie de la thérapie. Alors, c’est Alexandra Dean qui a fait office de psy. Sa voix, que l’on perçoit parfois, est plus que bienveillante. Ce n’est pas pour rien :

« J’ai une sœur dont l’histoire et les traumas m’évoquent beaucoup ceux de Paris. J’ai beaucoup d’empathie pour elle, même si j’ai su garder une saine distance journalistique ».

« Quand j’aurais fait un milliard, je serai heureuse »

Comme beaucoup de people richissimes, Paris Hilton est plutôt seule et sa vie, finalement, ne fait pas rêver. Elle dit ne pas avoir pris de vacances depuis ses 15 ans. Et quand elle est dans un cinq étoiles avec piscine privée, elle est incapable de profiter tant ses angoisses la bouffent.

« Quand j’aurais fait un milliard de dollars, alors je serai heureuse. Je sais, ça paraît fou, mais je veux vraiment ne jamais jamais avoir à m’inquiéter de rien », répète t-elle dans le documentaire. Avant de concéder : « Adolescente, je me disais : Quand j’aurais fait 100 millions, je serai heureuse puis en fait… ».

Entre ses parfums, ses nombreux produits dérivés, ses chansons, ses performances de DJ (elle est la femme DJ la mieux payée au monde) et sa chaîne d’hôtel – à son prénom et pas à son nom – des millions de dollars reposent déjà sur ses épaules. Sa sœur la juge : « Tu es incapable de refuser un chèque ».

« Ca n’a aucun sens, mais c’est sa manière de faire face à son trauma : travailler, travailler, travailler », analyse Alexandra Dean. En effet, Paris passe sa journée en jogging, lasse de tout ce qu’elle possède. On la voit, au milieu de son dressing, seule comme les pierres, noyée sous ses babioles dorées. Ce n’est pas ici qu’on la plaint.

1 million de dollar pour une photo volée de Paris Hilton

Là où on commence vraiment à avoir envie de la prendre dans nos bras, c’est quand elle raconte le slutshaming qu’elle a subi à 19 ans.

Son petit ami l’oblige alors, dit-elle, à accepter la présence d’une caméra dans leur lit. « Il m’avait promis que personne ne verrait la vidéo ». La vidéo sort, évidemment. Avec ce titre inoubliable : « One night in Paris ». « L’affaire » fait la une des journaux (oui, nous non plus on ne comprend pas très bien pourquoi des médias se sont rendus complices de ce harcèlement, qui plus est envers un mineur). La famille est mortifiée. Paris Hilton est sous le choc. Trahie, humiliée. « Si cela sortait aujourd’hui, ça serait une autre histoire… », lance t-elle. En effet, notre ère post-Me-too ne tolérerait sûrement pas ça. « A l’époque, ils ont fait de moi la mauvaise personne de l’histoire. On a raconté que j’avais fait exprès, pour devenir célèbre. C’est d’ailleurs devenu un modèle pour accéder à la célébrité, de faire une sex tape. Mais moi, je n’avais pas besoin de ça. Moi j’avais déjà un plan ».

Son ex, qui diffuse la vidéo sans son consentement, a gagné des millions de dollars. Près de 20 ans plus tard, un coffret DVD est encore en vente, à 50 euros sur Amazon.

Dans le documentaire, un homme explique, en ces termes, avoir monté une agence de paparazzi uniquement « sur le dos de Paris Hilton ». Précisant qu’à une époque une photo volée de la jeune fille se vendait 1 million de dollars. « Je connais un paparazzi qui gagne sa vie simplement avec elle ». Si Paris Hilton se fait de l’argent sur son image, elle n’est pas la seule.

Sévices physiques et psychologiques

Paris Hilton développe alors une théorie. Si on abuse d’elle si souvent – elle compte cinq relations amoureuses dans lesquelles elle recevait régulièrement des coups (photo à l’appui) et subissait des abus psychologiques – c’est parce qu’elle a été victime d’abus à l’adolescence, au point de trouver ces comportements normaux.

L’Américaine raconte qu’elle a été emmenée contre son grès à Provo Canyon School, un internat pour jeunes récalcitrants, et a été forcée d’y rester onze mois. Le staff de ce genre d’école vient récupérer les enfants chez eux, en les prenant par surprise dans leur sommeil, pour les emmener de force, sous le regard des parents complices. C’est cette scène que Paris Hilton dit revivre absolument toutes les nuits lorsqu’elle s’endort. Dans ces récurrents cauchemars, elle se fait kidnapper.

Pourtant, si ses parents l’envoient là-bas, c’est pour son bien. A 15 ans, à New York, Paris Hilton sort toute la nuit. Sa mère a peur. Elle a raison. Paris Hilton est si belle. Elle est vite repérée par Ghislaine Maxwell qui rêve de la recruter pour son violeur pédocriminel : Jeffrey Epstein.

En attendant, à Provo Canyon School, Paris Hilton assure avoir été droguée quotidiennement (sûrement des calmants). Et les humiliations, sévices physiques et psychologiques sont fréquentes. La star assure qu’après avoir refusé de prendre ses médicaments, elle a été mise, nue, « à l’isolement », dans une cellule pendant 24 heures. L’organisatrice d’un mouvement d’anciennes victimes, présente dans le documentaire, précise que les plus jeunes élèves ont huit ans.

« L’industrie des adolescents turbulents »

L’école citée a depuis pulicé ce message sur son site : « Nous savons qu’un nouveau documentaire fait référence Provo Canyon School (PCS). Notez que PCS a été vendu en août 2000. Par conséquent, nous ne pouvons commenter les évènements antérieurs à cette date. Nous nous engageons à fournir des soins de qualité aux jeunes qui ont des besoins spéciaux, souvent complexes, émotionnels et psychiatriques ».

Face à ces révélations hallucinantes sur « l’industrie des adolescents turbulents » aux Etats-Unis (« trouble teen industry »), on reste sur notre faim. Dense, « This is Paris » aborde beaucoup de sujets. C’est un portrait de Paris Hilton, mais c’est aussi le prélude d’une enquête sur ces écoles, ou encore une critique de l’objectification des femmes par notre société, voire une remise en question d’Instagram et des filtres à selfies. Alors, au juste, de quoi on parle ? Peut-être de quelque chose qui se joue en 2020, explique Alexandra Dean :

« Paris Hilton pense devoir à tout prix incarner un personnage, une icône américaine. Parler de ses traumas, pensait-elle, c’est presque écailler le patrimoine national. Un peu comme abîmer Mickey Mouse. En réalité, je pense que faire ça aujourd’hui, à un moment où nous sommes tous plus ouverts sur nos traumas, c’est être plus pertinent que jamais ».

Qu’on aime Paris Hilton ou pas, c’est troublant de voir une mascotte sortir du costume. En effet, c’est un peu comme tomber sur Minnie à Disneyland, qui ôte sa tête pour s’allumer une clope.




Nouvelobs