L’homme qui manquait de réseau – Go-Buzz

L’homme qui manquait de réseau

Dans ce village des Cévennes

On a toujours eu de la veine :

A part au café Le Maso

Quasi personne a du réseau !

Enfin, on en a, mais ça coupe.

Et c’est tout ça qu’on lui explique

Au nouvel arrivé, Patrick.

Et lui : « Ça s’peut pas que je loupe

Des trucs ! Car c’est déterminant

Ce qui se passe en ce moment ! »

Et il erre, et il se sent nu

Sans les infos en continu.

Ah, ça ressemble à un trépas :

Il a les applis qui moulinent

Les tweets qui se chargent pas…

L’actualité se débobine

Sans lui, sans lui le pourfendeur.

C’est comme s’il existait moins

S’il ne peut plus être un hater !

Oui, parce que je n’ai pas dit

Mais le gros talent de Patrick

C’est de donner des coups de trique

Mettre « Sale pute » un lundi

A une pauvre féministe

Un vegan, une antiraciste,

Un avocat, une ministre,

Il pourra vous faire la liste

Dès qu’il aura du réseau, quoi.

Dès qu’il reprendra le fleuret.

Pour le moment, il reste coi.

Je vous le montre, allez, tenez :

Il est adossé au muret

Du troquet. Son air étonné ?

C’est qu’à une table voisine

Ils ont l’air de bien s’amuser

Toute une bande, et ça potine,

Ça se bécote. Tous ces baisers,

Patrick les trouve ridicules.

Les gens ne sont pas au courant

Que s’aimer n’est plus un courant,

Et que nos vies sont minuscules ?

Dans ce groupe, en plus, il remarque

Des gens de toutes origines.

« J’te r’mettrais tout ça dans des barques… »

Dommage que Twitter mouline,

Sinon, il aurait fait cingler

Ça ! Et, même, en « tweet épinglé » !

Il pense : « Faudrait le noter

Pour quand je serai connecté. »

Comme ils doivent se sentir seuls

Les autres haters de son bord :

« Ils doivent penser que chuis mort ? ! »

La vie, c’est ça, est un linceul.

Et il reste là, étranger

A ce bonheur des gens radieux,

Étranger, bon, encore heureux

Pas tout à fait ! Il est d’Angers !

Mais soudain, quelqu’un dans ce groupe

Lance : « On vous propose une coupe ? ! »

Il regarde la table en fête,

Le cœur touché dit : « Oui, j’accepte ! »

Quand on peut plus haïr de loin

On peut encore aimer, du moins.




Nouvelobs