Séville rien que pour vos yeux – Go-Buzz

Séville rien que pour vos yeux

La chaleur est écrasante et la grande place de la cathédrale, déserte. Même les chevaux attelés aux calèches, foulant d’habitude les pavés séculaires, sont comme avachis sous les orangers, à l’ombre des murailles du palais de l’Alcazar. Les palais aux façades ocre et blanches se découpent si nettement dans le ciel bleu intense, que l’on se croirait dans un décor de théâtre… sans spectateurs. Séville dort. Et pas seulement parce que c’est l’heure de la sieste, sous le soleil qui cogne dur en ce début juillet. Suite au Covid, la ville attend patiemment que les touristes reviennent.

Alors pour qui a envie de découvrir la cité d’Andalousie en toute tranquillité, c’est le moment. Air France vient juste d’ouvrir une ligne directe à prix attractifs, les hôtels sont vides (donc à prix cassés), et sur place, les Sévillans, ravis de revoir quelques visiteurs étrangers, vous bichonnent comme jamais. Autant en profiter, cela ne va pas durer.

Mesures barrières

Si vous avez peur de venir en Espagne cet été, on vous rassure de suite. Dans tout le pays, comme à Séville, bien moins touchée que d’autres villes ibériques (Barcelone ou Madrid en tête), on ne plaisante pas avec les mesures de sécurité sanitaire. Les Sévillans ont le caractère bien trempé, mais avancent masqués. Pas un resto, une boutique, un hôtel ou un musée sans gel hydroalcoolique mis à disposition des visiteurs (le port du masque n’est pas obligatoire en extérieur).

Dans ce contexte particulier, visiter la ville a un goût inédit. On parcourt le musée des Beaux-arts et ses chefs-d’œuvre sans croiser âme qui vive, on déambule au gré de ces patios fleuris où l’on n’entend rien, à part l’écho des cloches et du bruit de l’eau ruisselant des fontaines. Sur les placettes désertées, on se repose à l’ombre des feuillages, ébahi de contempler la monumentale Place d’Espagne dans le Parque Maria Luisa totalement désertée. Il est rare de pouvoir découvrir la cité sous ce jour-là. Avec cette impression de vivre une escapade à l’aspect plus romantique que mélancolique. Avec très très peu de vacanciers Séville ressemble à une jeune fille.

Même le palace Alfonso XIII ouvre avec chaleur ses portes au simple visiteur

Même le très chic palace Alfonso XIII, référencé sur la liste des meilleurs hôtels du monde, qui d’habitude ne laisse pas entrer comme dans un moulin le touriste égaré en tong, accueille aujourd’hui avec le sourire. L’architecture vaut le coup d’œil : construit en style néo-mudéjar dans les années 20, on y entre sur la pointe des pieds, appréciant la terrasse ombragée, en contemplant les plafonds à marqueterie dits artesonados, les sols revêtus de marbre et de bois ouvragés, les tapisseries et les azulejos d’une grande finesse.

Les salons en marbre et mosaïques de l’hôtel palace Alfonso XIII construit dans les années 20.

Les salons en marbre et mosaïques de l’hôtel palace Alfonso XIII construit dans les années 20.

Reste l’envie de s’attabler dans des lieux plus populaires, pour papoter avec les locaux et déguster la savoureuse cuisine locale. Vu que sa terrasse et sa salle sont encore bien vides, Gonealo Surado, ce restaurateur talentueux aux fourneaux du resto Tradevo Centro, prend plaisir à vous concocter une farandole de tapas. Et partage même ses recettes fétiches : tartines de ventre de porc ibérique avec oignons confits et vinaigrette au yaourt ; soupe de tomates jaunes, œufs confits à la truffe et cébette ; crevettes frites au lait frites et piments piquillo ; cochon noir aux herbes et patatas croustillantes…

Même accueil enjoué et plein de gourmandise à La Cochera del Abuelo, petit resto à l’ambiance maison de famille niché dans une petite ruelle du quartier bohème de Alameda. On y déguste les plats du chef Bosco Benítez, qui a fait ses classes au Pays basque : Œufs avec petits légumes en plein air sautés, risotto aux gambas, porc noir fondant… L’adresse, qui a ouvert il y a moins d’un an, vaut le détour.

A quelques minutes à pied, on se sent de nouveau seul au monde en visitant les jardins à l’Hôspice des Vénérables, fondé en 1675 par le chanoine don Justino de Neve, qui renferme en son sein des œuvres signées des grands Murillo et Velasquez. Quant au Palacio de la Duenas, l’ancienne résidence privée de la maison d’Albe (et de l’actuel duc) construit entre le XVè et le XVIe siècle (et ouvert au public seulement depuis 2016), il se découvre lui aussi en mode VIP sans touristes, entre patios fleuris, beau mobilier, arcades mudéjars, mosaïques, céramiques…

l’Hôspice des Vénérables de Séville, fondé en 1675. Il abrite aujourd’hui le Velázquez

l’Hôspice des Vénérables de Séville, fondé en 1675. Il abrite aujourd’hui le Velázquez

Seul à l’Alcazar…

Comme le mythique palais de l’Alcazar (le palais royal en usage le plus ancien d’Europe, on le rappelle, et qui servit de lieu de tournage à de nombreux films comme « Lawrence d’Arabie » ou dernièrement « Game of Thrones »). Jamais vous ne le verrez aussi vide. Et c’est du luxe. Pas de file d’attente, pas de selfies à l’infini dans ses fabuleux jardins. Tout ce qui était ultra-touristique se redécouvre donc avec délice.

Les jardins de l’Alcazar se visitent sans personne...

Les jardins de l’Alcazar se visitent sans personne…

Même un spectacle de flamenco dégage une autre émotion en ces temps de convalescence post-pandémie. Calle Albareda, on chante et on tape du pied avec ferveur. La voix puissante de Maria s’envole dans ce petit cabaret réinvesti par une dizaine de locaux. La sueur perle sur les fronts de Rita et Felipe qui improvisent des passes endiablées, heureux comme jamais de remonter sur scène et dans l’arène.

Du Flamenco improvisé sur la petite scène de la Tablao La Cantaora

Du Flamenco improvisé sur la petite scène de la Tablao La Cantaora

La nuit, la vie revient

A la nuit tombée, la ville s’anime quelque peu. Il faut aller prendre l’air au bord du fleuve du Guadalquivir. Siroter un apéro chez Abades Triana, bar resto branché au bord de l’eau face à la Torre del Oro (XIIIè siècle), en regardant des équipes d’aviron fendre les flots calmes ou des demoiselles en équilibristes sur leur paddle…

La vie reprend doucement. Certes, la Belle andalouse reste encore un brin enfermée sur elle-même après quatre mois d’arrêt de l’activité économique. Le si charmant marché Lonja del Barranco, où l’on venait trinquer et grignoter des tapas à la bonne franquette, n’est pas encore prêt à exhiber ses victuailles. Et si la Cathédrale et la Giralda devraient rouvrir leurs portes, mi-juillet, nombre de petites boutiques de créateurs ou de souvenirs gardent portes closes.

Se rouvrir au tourisme – mais différemment

Néanmoins, la sensation, persistante, est bien là : Séville a repris un goût d’authenticité. Comme à Venise, où dans d’autres villes européennes surfréquentées, on espère revoir les visiteurs, mais pas à n’importe quel prix. Revivre sa ville de l’intérieur, c’est aussi réapprendre à l’aimer et ne plus vouloir la brader. Mais les Sévillans, ultra-accueillants, ont l’âme du partage. Guide francophone depuis 30 ans, Cristina Gonzalez l’affirme avec une certaine émotion : « A chaque fois que l’Espagne a vécu des drames dans son histoire, les Français ont toujours été les premiers à revenir ».

Y aller

Air France vient d’inaugurer un vol direct Paris-Séville depuis CDG. Actuellement 3 fois par semaine puis un vol par jour à partir de fin juillet. A partir de 109 € l’A/R airfrance.fr

Se loger

Le roof top de l’hôtel HD Maria avec vue sur la cathédrale.

Le roof top de l’hôtel HD Maria avec vue sur la cathédrale.

Hôtel Dona Maria, un 4 étoiles idéalement située plein centre historique. En ce moment, prix hyperattractifs : à partir de 70 € la nuit. Piscine sur le toit face à la cathédrale. En fin de semaine, c’est le spot couru pour venir boire un verre face à un cadre magique. Rens. hdmaria.com

Bonnes adresses

Soupe froide de tomates jaunes et gambas crues préparée par le chef Gonzalo Surado chez Tradevo Centro

Soupe froide de tomates jaunes et gambas crues préparée par le chef Gonzalo Surado chez Tradevo Centro

Tradevo Centro, pour la cuisine de tapas revisités de manière fine et produits 100 % bios et locaux du chef Gonealo Surado., Prix entre 5 et 15 €. Cuesta del Rosario 15 www.tradevo.es

La Cochera del Abuelo, coup de cœur pour ce petit resto caché dans une petite ruelle du quartier de Alameda. On s’en sort avec entrée plat ou plat dessert pour 25 €. Calle Alvaro de Bazan, 2. www.cocheradelabuelo.com

Casa Robles, super tapas. Calle Alvarez Quintero, 58La Azotea, pour l’ambiance de fin de semaine. Calle Marteos gago, 8 https://www.casarobles.es/

El Rinconcillo, le bar le plus ancien de Séville. C. Geronaz, 40

Infos

Offices de tourisme : www.spain.info et https://www.visitasevilla.es/fr




Nouvelobs