A la rencontre des « nouveaux nomades », ces voyageurs à plein temps – Go-Buzz

A la rencontre des « nouveaux nomades », ces voyageurs à plein temps

Qui n’a jamais rêvé de partir en vacances… et de n’en jamais revenir ? De lâcher son deux-pièces en ville pour s’offrir un van ou construire une cabane avec vue sur la mer – et d’y installer son bureau ? Certains ont sauté le pas. Difficile de savoir combien ils sont puisqu’ils cherchent, justement, à échapper au comptage et aux autres normes administratives. Un petit millier en France, peut-être, beaucoup plus en Allemagne où la démarche est davantage répandue.

Le journaliste Maxime Brousse est allé à la rencontre de ceux qu’il appelle les « nouveaux nomades » et, pour lui, une chose est sûre : « Le Covid va amplifier le phénomène. D’abord parce que le confinement a convaincu même les plus réticents que le télétravail fonctionnait très bien. Et aussi parce que le nomadisme répond à beaucoup d’inquiétudes qui nous ont traversés durant cette période inédite. »

Bienvenue chez les « hédonistes angoissés »

Car, pour Maxime Brousse, ces « nouveaux nomades » n’ont finalement que peu de choses en commun avec les hippies jouisseurs des seventies : il préfère d’ailleurs les définir comme des « hédonistes angoissés ». Bien sûr, ils cherchent à profiter de la vie et de la nature, mais parce qu’ils ont « tellement peu confiance en l’avenir (de la planète, de l’économie…) que cette réappropriation de l’espace et du temps est une façon de conjurer l’angoisse ».

Autre différence de taille avec leurs aînés, les nouveaux nomades ne s’inscrivent pas dans une démarche politique : « Leur décision est personnelle, individualiste, mue non par une volonté de changer le monde, mais de tracer leur propre route. » Certains voyagent en van depuis des décennies, d’autres ont installé leur bureau dans une guesthouse en Thaïlande pour quelques mois, d’autres encore alternent entre phases sédentaires et nomades, selon les saisons – et surtout, selon leurs envies. « A chaque fois que je leur ai demandé combien de temps ils projetaient de vivre de cette façon, ils m’ont répondu : “Tant que ça nous plaît !” Ils n’ont pas fait vœu d’être nomades jusqu’à la fin des temps. Revenir à la vie sédentaire n’est ainsi jamais perçu comme un échec, mais comme une pause ou une évolution. »

La « vanlife », un privilège blanc ?

Moins radicale que les « Vanlifers » des années 1970, cette nouvelle génération relève néanmoins du même profil sociologique : « En Europe, c’est clairement un délire de Blanc, hétéro, en couple et à fort capital culturel. Peut-être parce que le fait de pouvoir voyager à plein temps, sans craindre une éventuelle rencontre avec la police, est un privilège de Blanc… », avance Maxime Brousse. Reste qu’aux Etats-Unis une communauté baptisée « Black Vanlife » commence à émerger. Preuve que ce mode de vie s’étend et attire au-delà des frontières habituelles.

Le « gène du voyage »

Dans le passionnant livre qu’il a consacré à ces nomades du XXIsiècle, l’auteur revient sur les origines du phénomène et s’interroge sur l’existence d’un « gène du voyage », attribué à l’Homo Sapiens en raison de ses bonnes jambes et de son insatiable curiosité. Le sédentarisme ne serait-il qu’une erreur de parcours sur la trajectoire de l’être humain ? Si les scientifiques s’écharpent encore sur cette question, lui a sa propre réponse : « Cette enquête et ces rencontres m’ont encore plus donné envie d’acheter un van et d’expérimenter la vraie liberté ! Et puis, si l’on doit de nouveau être confiné, je ne veux pas être à Paris dans mon petit appart. » Follement hédonistes et franchement angoissés : ces nouveaux nomades sont bien le pur produit de notre époque.

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Couverture du livre « Les Nouvaux nomades »

Couverture du livre « Les Nouvaux nomades »

« Les Nouveaux Nomades. Toujours ailleurs, partout chez eux », par Maxime Brousse, éditions Arkhê, 19 €.




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