un guide pour sauter le pas – Go-Buzz

un guide pour sauter le pas

Le transport aérien n’a plus bonne presse. Ni bonne conscience. Les Suédois ont même inventé un terme – « flygsham » – pour désigner la honte de prendre l’avion… Pourtant, difficile de nier cette irrésistible envie qui nous taraude de partir le plus loin possible du lieu où nous avons été confinés ces derniers mois.

C’est dire si le livre Voyager sans avion (éditions Plume de Carotte), signé par Cindy Chapelle et Audrey Baylac, deux ferventes défenseuses du « slow tourisme », tombe à pic. Il est ainsi dédié à la mobilité douce, cette « alternative écoresponsable qui restaure les distances », précisent les autrices. Qui ajoutent : « elle valorise le trajet et même, la place au cœur du voyage. Vous réaliserez que le chemin est tout aussi important que le but. Et vous apprendrez à vivre des lieux, plutôt qu’à les survoler ».

Quant à ceux qui ne sont pas prêts à renoncer au plaisir (désormais coupable) de s’envoyer en l’air, les autrices les mettent en garde contre la tentation de se racheter une bonne conscience à peu de frais : « oui, après avoir estimé sa consommation en CO2 lors d’un trajet en avion, on peut participer à un système de compensation visant à financer des projets de développement durable centrés sur la réduction ou la capture du carbone. Mais c’est sujet dont il ressort à l’heure actuelle des zones d’ombre et qui suscite encore de nombreuses interrogations. Le calcul pour la compensation carbone n’est en effet pas si simple. Les résultats sont encore aléatoires et sa gestion plutôt complexe ».

Une question de cohérence personnelle

Evidement, renoncer à prendre l’avion n’est pas une décision facile à prendre. D’autant que dans l’imaginaire collectif, l’esprit d’aventure (ou simplement le dépaysement) se mesure, encore aujourd’hui, au nombre de kilomètres parcourus. Mais les autrices invitent à s’interroger sur la cohérence de nos actions : « Lorsque l’on s’applique toute l’année à manger bio et local, à réduire sa consommation de viande, à faire le tri ou du covoiturage, il apparaît essentiel de rester en accord avec soi-même, de respecter ses valeurs écologiques lors de ses vacances ».

Sans compter que la réalité de cette consommation de l’évasion est cruelle : « Comme on achète le dernier gadget tendance, on « fait » un pays. Cinq jours passés à Rio de Janeiro ? Check ! Je peux désormais découvrir le Brésil sur ma mappemonde à gratter affichée dans le salon », fustigent les autrices.

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Et pour achever de convaincre même les plus réticents à la dimension dépaysante du slow tourisme, les autrices dégainent trucs, astuces et bons plans.

A pied, à vélo, à dos d’âne, en canoë…

A travers un éloge du voyage à pied, elles citent par exemple le méconnu « chemin de Stevenson », dans les Cévennes. Ce dernier prend racine dans les pas de l’écrivain écossais qui, en 1878, partit à pied avec son ânesse nommée Modestine. Une expédition qu’il consignera dans son journal de bord où durant 12 jours, il parcourut 220 km entre le Monastier-sur-Gazeille Saint-Jean-du-Gard. En 1993, ce parcours est classé GR70.

Autre proposition, se convertir au cyclotourisme – qui s’imposera sans doute comme la grande tendance de cet été post-confinement. On peut aussi pédaler le long du canal des 2 mers, la ViaRhôna, ou carrément tenter la Vélodyssée de Roscoff à Nantes, de la Rochelle à Arcachon pour terminer sur la Côte Basque à Hendaye. Et peut-être oser les déplacements à dos d’âne, s’essayer à la randonnée équestre ou prendre la route en famille dans un van, en auto-stop ou par le biais du covoiturage.

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Sur les eaux, la contemplation passe par des canoës trip (une navigation sur les canaux à bord de bateaux solaires) ou un voilier pour s’adonner au pescatourisme (quand on ne décide pas d’allier l’utile à l’agréable en accompagnant un skipper lors d’une traversée).

Dernière possibilité : les trajets en trains, bien sûr, de jour comme de nuit, beaucoup moins émetteurs de gaz à effet de serre que l’avion.

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Cindy Chapelle et Audrey Baylac dressent ainsi toute une panoplie d’idées pour (re) découvrir la France en prenant le temps. Pas de discours moralisateur, juste de nouvelles perspectives interrogeant l’évolution des liens que nous entretenons au territoire et à « l’usage du monde ». Le philosophe Hippolyte Taine disait que l’on voyage pour changer, non de lieu, mais d’idées. Il n’avait pas tort.

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« Voyager sans avion », de Cindy Chapelle et Audrey Baylac (Ed. Plume de carotte), 21 €.




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