Pour Noël, offrez une punchline acide (mais avec des fleurs) – Go-Buzz

Pour Noël, offrez une punchline acide (mais avec des fleurs)

A quelques jours des fêtes, vous vous creusez encore la tête pour garnir les souliers de votre vieille tante grincheuse ou de votre petit-cousin facho ? Garage Deloffre a la solution : ses délicieusement acides « cartes de désavœux », dont un troisième volume vient de paraître chez Lapin éditions. Enfin, vous pourrez leur clamer le fond de vos pensées… mais avec des fleurs ! Les cartes de Garage Deloffre sont ornées de grappes florales, de petits oiseaux et autres cœurs charmants. Et délivrent les pires des messages : « Tu nous emmerdes avec tes soirées raclette », « Ton bébé m’indiffère », et le devenu mythique « Va te faire grand-remplacer. »

Pour l’autrice de ces « saloperies », Sandrine Deloffre, qui signe sous le pseudo Garage Deloffre, les cartes sont avant tout une histoire de famille. Alors, suivez le mouvement, et faites-en bon usage à Noël. « La première que j’ai faite – « Vivement que tu meures » – était destinée à mon frère. » Son inspiration ? Les publications qui pullulent sur Facebook, « ces couronnes de fleurs qui entourent des phrases très cucul sur le sens de la vie. Ma mère en partage plein. Ça me faisait grimacer… fallait réagir. »

Messages politiques

Ainsi naît le premier tome des cartes, tout de suite publié chez Lapin éditions, une maison lyonnaise, comme Sandrine. Elle connaît le milieu. Jusqu’il y a deux mois, elle organisait des festivals de bandes dessinées. « Ce premier tome, c’était de la méchanceté pure, gratuite », décrit-elle. En précisant vite dans un rire : « Mais payant quand même ! » Et ça marche : 9 000 exemplaires écoulés pour le premier tome, 6 000 pour le deuxième. Des chiffres notables pour de la BD indépendante.

Puis, son œuvre évolue. « A force de les publier sur les réseaux sociaux, je me suis ramassé beaucoup de remarques sexistes. Et j’ai commencé à répondre à mes trolls. Avec mes fleurs. Et parce que ça les énervait, j’ai continué. C’est ma passion, énerver les gens. »

Les cartes de Garage Deloffre prennent alors un tour plus politique, radicalement féministe. Le 8 mars, celle affirmant « Journée internationale des droits des femmes, bordel de merde » est partagée à l’envi sur les réseaux. On sent que les petites nouvelles vont suivre le même chemin, par exemple celle proclamant : « Si tu penses qu’on ne peut plus rien dire, c’est le signe qu’il faut que tu fermes ta gueule » ou encore « Mon corps. Mes choix. Mon poing. Ta gueule. »

Mathilde Larrère et Laurence De Cock sont fans

« On s’en sert pour faire taire les trolls », raconte Laurence De Cock, historienne engagée et très présente sur les réseaux sociaux, pour expliquer le succès de ces cartes de désavœux. « Et c’est surtout irrésistiblement drôle, tellement c’est simple et impitoyable. » Garage Deloffre apprécie la récupération. Elle s’en inspire, même. « C’est une grosse fierté. Et j’en imagine certaines dans cette perspective. » Son devenu célèbre « Cheh » est un de ceux-là. La préférée de la comparse en militantisme de Laurence De Cock, Mathilde Larrère, elle aussi historienne : « Emma Watson ne sait pas que tu existes. » Elle explique : « Elle coupe tout de suite l’herbe sous le pied de l’interlocuteur. C’est la réponse parfaite aux imbéciles. »

Reflet d’une fausse bienveillance

Pour elle, le succès de ces cartes réside, au-delà de l’aspect pratique et adapté aux usages des réseaux sociaux, dans sa résonance avec l’époque. « Notre époque est celle de l’invective, de l’insulte. Mélanger ces punchlines très acides avec de jolis dessins, c’est exactement le reflet de la fausse bienveillance qui nous entoure. » Garage Deloffre acquiesce et va plus loin dans la comparaison : « C’est comme le gouvernement, qui enrobe bien toutes ses saloperies. »




Nouvelobs